Mui Ne. Ou plus précisément "haaaaaaaaaaaaa Mui Ne".
Reprenons depuis le début. Je suis instit', donc perpétuellement en vacances. J'ai deux boulots, donc un pouvoir d'achat plutôt raisonnable ici. Du coup, quand ma collègue française, qui avait vachement besoin de partir en vacances, m'a dit qu'elle partait à Mui Ne, j'ai commencé par demander ce que c'était donc que ça. Une plage, m'a-t-elle répondu. Moi, j'avais les jambes super blanches et un peu besoin de prendre du recul sur deux-trois trucs, donc je lui ai proposé ma compagnie.
Réservation d'hôtel, de bus, et départ samedi matin à potron-minet. Pour la petite histoire, j'ai fait mon sac le matin même, après une nuit un peu courte et un peu alcoolisée, et sur le chemin, pendant que je me réveillais tout doucement, j'ai commencé à faire la liste des trucs que j'avais oublié. Comme par exemple, le chargeur de mon téléphone. Ce qui n'était pas vraiment en drame, surtout qu'il s'est avéré que celui de ma collègue était compatible. Plus grave, j'ai oublié mon livre. Mais comme il était dit que les vacances seraient chouettes, j'ai trouvé assez facilement à Mui Ne de quoi m'occuper, en l'occurence :
Ben sur une plage à l'autre bout du monde, lire les aventures d'un mec et de sa MOTO à un autre bout du monde, c'est plutôt parfait.
Mui Ne donc, qu'est-ce que c'est ? Comme je l'ai déjà dit, c'est une plage. Et voilà. En fait, c'est une très longue rue, qui donc borde une plage, avec d'un côté des hôtels-restaurants-bars-boutiques pour touristes, et de l'autre hôtels-restaurants-bars-boutiques pour touristes.
Intérêt culturel négatif, intérêt vacances parfait. Non pas qu'il n'y avait pas possibilité de visiter deux-trois trucs pas trop loin, mais j'avais juste pas envie. Je n'avais jamais fait ce genre de vacances de ma vie, le genre où on ne fait rien de chez rien, à part se baigner, bronzer et manger. C'est donc exactement ce que j'ai fait. Et une semaine sans MOTO, c'est pas désagréable non plus.
Ceci étant dit, c'est pas parce que j'étais au paradis que j'ai oublié mes devoirs de bonne citoyenne française. Je n'avais en fait qu'une seule exigence concernant ces vacances : dimanche, 15h, il fallait que je sois devant le match. Nous nous sommes donc trouvé un bar tenu par des français, qui passait le match, et devant lequel il y avait plein de français. Comme à la maison donc. Sauf qu'à la mi-temps, on regarde la mer qui est juste à côté.
J'ai même pas été trop déprimée par le score final, parce que ça aurait pu être vachement pire. Et que je ne suis pas sûre qu'il aurait été possible d'être déprimée dans ce cadre.
Passée cette journée à l'emploi du temps BIEN chargé, nous sommes tombées dans la routine suivante : debout, plage, déjeuner, sieste, plage, promenade, apéro, dîner, bière(s). Parfois, la vie, c'est dur et compliqué. Et parfois, pas du tout.
Pour la bière du soir, nous avons trouvé un bar avec musique live, ce qui est très chouette. Ce qui l'est encore plus, c'est que deux fois, nous avons eu un chanteur-guitariste avec un répertoire que j'aurais très bien pu composer moi-même. Genre avec deux de mes chansons préférées du monde :
Il a bien fini par repérer que je connaissais la moitié de ses chansons par coeur (et comme je connais pas non plus des millions de chansons par coeur, ça veut bien dire ce que ça veut dire), nous sommes devenues ses "friends from France". Avec une petite chanson pour nous accueillir le deuxième soir. Et pour finir la soirée, il nous a chanté "you are so beautiful" rien que pour nous deux. Du bonheur par paquets de 30 kilos.
Je m'aperçois que je n'ai pas encore parlé de l'hôtel. On a un peu regardé à gauche et à droite, et comme on n'est pas non plus en budget illimité, on a pris le moins cher, les échos étant pas mal. Et surtout, en cherchant avec mon ami Google, je suis tombée là-dessus :
Comment vous dire qu'à 15 dollars la nuit, ça me l'a vendu. Bon, vu le prix, je m'attendais un peu à une chambre hyper moyenne ou toute autre mauvaise surprise. Et en fait non : chambres hyper cleans et confortables, accès direct à la plage, sable fin et hamacs partout. Waou.
Est arrivée la dernière nuit, qui a été mauvaise. Du coup, réveillée, je regarde l'heure : 5h30. En lecteurs attentifs de mon blog, vous savez que c'est à peu près l'heure à laquelle le soleil se lève à HCMV. Là, je me dis qu'il y a un dernier truc à vivre. Appareil photo, plage, et je ne l'ai pas regretté du tout :
Je dis tout dans le désordre, mais on s'en fiche. Il faut savoir qu'en ce moment, c'est la saison basse, mousson, tout ça. Conséquences, on est hyper tranquille sur la plage et l'apéro est limite moins cher qu'à HCMV, alors que bon, y'a la mer quand même. Et c'est amusant, mais de la pluie, on n'en a pas eu du tout. Mardi, c'était un peu couvert, mais comme l'air et l'eau était toujours aussi chauds, ça n'a pas franchement perturbé notre emploi du temps. Et pour l'essentiel, ce que j'ai eu au-dessus de la tête, c'est ça :
Pour me passer un peu de pommade, ce que j'ai d'ailleurs fait littéralement en quantité astronomique cette semaine, j'ai atteint un degré de jolitude inconnu : une couleur de peau que je ne me connaissais pas mais qui me va vachement bien et un sentiment de bien-être et de détente assez absolu.
Par contre, comme toutes les choses qui atteignent leur pic trop tôt, plus dure est la chute. Genre là, je pèle à mort, ce qui est vachement moins sexy. Mais la sensation de plénitude est toujours là, et ça en valait totalement la peine.
Pour ceux qui ne me détestent pas encore et qui font partie de mes chers amis sur Facebook, je vais y mettre encore plus de photos. Non parce que c'est bientôt Novembre, et que je compatis vachement.
vendredi 28 octobre 2011
dimanche 16 octobre 2011
Minoritaire
Oui, je vole les titres d'albums de Jean-Jacques Goldman. En même temps, s'il est pas content, il n'a qu'à en faire un autre, d'album. Non, ça n'a aucun rapport, mais fallait bien le dire quand même.
J'informe mon lectorat qu'aujourd'hui, c'est long et verbal. Donc comme j'ai été faire un tour avec MA MOTO dans le centre-ville, pour maintenir l'intérêt, je vais disséminer des photos de trucs bien touristiques au milieu. Sans aucun rapport, mais ça fait des images.
Minoritaire donc. Parce que quelque part, le plus étrange ici, ce n'est pas la météo (on transpire), la nourriture (on mange très bien) ou le fait que JE CONDUISE UNE MOTO (je ne me suis pas fait de bleus sur les tibias cette semaine, c'est une première). Le plus étrange, pour moi, c'est d'être minoritaire.
Le fait est que quand j'y pense, et j'y ai un peu pensé ces derniers temps, je n'ai jamais été dans cette situation avant d'arriver ici. Je n'avais jamais été ailleurs qu'en Occident, donc blanche, ça passe inaperçu. Je suis athée, donc je m'épargne un paquet de difficultés, et on ne peut pas dire qu'en France, ce soit un acte super rebelle. Je n'ai même jamais été dans un coin du monde où la langue officielle n'était pas le français ou l'anglais. Même en passant deux ans à la frontière suisse, je ne me suis jamais aventurée plus loin que Genève ou Lausanne. Donc j'ai toujours compris ce qui se passait autour de moi, et si mon anglais est ce qu'il est, j'arrive quand même à me faire comprendre sans trop de difficultés. Je suis donc toujours passée parfaitement inaperçue. Et je ne m'en plains pas, être transparente peut être utile.
Mais ici, forcément, c'est différent. Parce que même si j'essayais très fort, on pourrait toujours dire que je ne suis pas vietnamienne. Même avec le casque sur la tête, les lunettes de soleil sur le nez, et en CONDUISANT UNE MOTO comme si j'avais fait ça toute ma vie, je sais très bien que tout le monde fait la différence. Du coup, on me regarde beaucoup plus qu'en France. Quand je prends le bus, quand j'attends à un arrêt de bus, quand je marche dans la rue... Disons qu'il ne m'était jamais arrivé avant que des enfants me montrent du doigt à leur mère, ou que des ados demandent à être pris en photo avec moi. C'est parfois un peu gênant, toujours surprenant, parce que très très nouveau.
Et puis il y a la langue. Mine de rien, j'ai un peu travaillé là-dessus ces deux dernières années, pendant mes deux années de Master que j'ai officiellement avec mention bien et je suis vachement contente. Mais je ne suis pas sûre qu'il soit possible de saisir toute l'ampleur du handicap linguistique avant de le vivre. Car oui, je dis handicap, et je le pense. Parce que soyons honnête, l'anglais est quand même pas super répandu ici, et en général, c'est avec un accent qui demande un petit temps d'adaptation et plein de répétitions, surtout que ce n'est quand même pas la langue avec laquelle je suis le plus à l'aise. Au Vietnam, on parle vietnamien, et c'est quand même bien ce qu'il faut avoir à l'esprit.
Donc je me retrouve dans un monde où je ne comprends rien, et où on ne me comprend pas non plus. C'est fou comme tout prend des proportions énormes dans cette situation. De mon côté déjà, parce que du coup, je me fais un peu des montagnes de tout, et que pour l'instant, je reste encore un peu sur la réserve. Mais aussi dans des situations toutes bêtes, qui pourraient être réglées en 30 secondes si on se comprenait, et qui là prennent trois plombes. Par exemple, le jour où j'ai acheté mon casque au centre commercial du coin, j'ai bipé à la sortie. Pas de raison particulière, ce jour-là, je n'avais rien volé, et même rien acheté avec un anti-vol. Mais j'ai bipé. Donc l'agent de sécurité est venu voir mes sacs, normal, il a sorti mon casque, a dit un truc à la caissière, qui lui a répondu un autre truc, m'a fait signe d'attendre, et est parti. Au bout de 5 minutes, je me suis demandée si je pouvais partir ou si on allait me jeter en prison, ou quoi. Et en fait non, il a fini par m'emmener à l'accueil, ou quelqu'un parlait anglais, et où m'a expliqué que la visière manquait sur mon casque, et qu'on allait m'en chercher une. C'était donc super gentil de la part de l'agent de sécurité, mais au total, l'affaire a dû prendre 20 minutes, dont 15 pendant lesquelles je n'avais aucune idée de ce qu'on voulait de moi. Et encore, je parle de handicap, mais j'avais un travail en arrivant, et je travaille dans ma langue, donc je ne l'ai pas à pleine puissance. J'ai la possibilité de passer des journées entières sans avoir besoin d'un seul mot de vietnamien, ce qui est une chance.
S'il m'était déjà arrivé de me trouver dans des situations où la communication était compliquée voire impossible, notamment dans mes différents boulots, je finissais toujours pas trouver une solution et ce n'était pas tout le temps comme c'est le cas ici. Ceci étant dit, j'ai eu cette semaine une épiphanie, Noël en octobre, jour de fête nationale. La maman qui m'a embauché pour mon deuxième boulot voulait me dire quelque chose, et donc parlait en vietnamien à son fils pour qu'il me traduise. Et là, d'un seul coup d'un seul, j'ai entendu thứ bảy. Bon, littéralement, ça veut dire "jour sept", et je savais plus si c'était samedi ou dimanche (c'est samedi pour info). Mais je l'ai entendu, et "compris", comme ça, à froid. Et en faisant un peu plus attention à ce qui se dit en vietnamien autour de moi, je constate que oui, les mots que je connais, je les entends et je les comprends. Ca n'a l'air de rien comme ça, et effectivement, ce n'est pas grand chose vu l'étendue de mon vocabulaire, mais mine de rien, c'est un grand pas en avant. Parce que quand on apprend une langue étrangère, les fonctions de compréhension se mettent en place avant les fonctions de production, et que pour être honnête, j'étais un peu inquiète de n'avoir fait AUCUN progrès en compréhension depuis mon arrivée. Donc là, j'ai passé un cap, j'entends des mots, j'entends le découpage syllabique en fait, et avec un peu de chance, ça va me permettre de passer la seconde en production.
Pour revenir à nos moutons, si je sens bien que je n'appartiens pas au pays, je n'ai par contre encore eu aucune expérience malheureuse liée à mon origine. En tout cas pas que je sache, ce qui revient au même. Par exemple, je ne me souviens pas de quelqu'un qui ai eu l'air exaspéré parce que j'avais du mal à me faire comprendre. Un grand sourire, un peu de mime, et un mélange d'anglais et de vietnamien, et on s'en sort. Et je n'ai jamais eu le sentiment qu'on me reprochait de ne pas parler la langue. En fait, la seule fois où j'ai vu une serveuse excédée, c'était quand un Viet Kieu commandait en vietnamien, ce qui m'a fait un peu rire. Et quand je pense au nombre de fois où j'ai entendu en France "z'ont qu'à parler français aussi", ça met un peu les choses en perspective. Quant au fait d'être blanche, oui, c'est noté, mais ça n'a pas vraiment eu de conséquences. Je n'ai encore jamais eu de tarif occidental, même pour la moto, puisque renseignements pris, j'ai même plutôt fait une bonne affaire, sans rien négocier du tout. Deux fois dans un bus un peu plein, un monsieur s'est levé pour me laisser sa place, ce qui est super gentil, mais vraiment pas nécessaire, ce que j'aurais bien voulu pouvoir expliquer. Les plus jeunes qui apprennent l'anglais à l'école me font souvent de grands coucous et me disent hello en passant. Et une fois dans le bus, une jeune fille est venue s'asseoir à côté de moi, juste comme ça, pour discuter d'où je venais, et si j'étais bien au Vietnam, et tout et tout.
Alors par contre, le vieux qui m'a montré une vidéo porno sur son téléphone après avoir tenté pendant 5 minutes de me dire un truc, je ne sais pas bien où le placer. Parce que bon, moi je l'ai totalement pris comme une agression et vu le regard qu'il m'a lancé en partant, j'étais pas mécontente de pas comprendre les mots qui accompagnaient. Mais je suppose que c'est une certaine façon de me dire que je suis bonne. L'effet n'est pas flatteur DU TOUT, mais bon, admettons.
Je précise que si j'étais un garçon, cette anecdote fort amusante me ferait une transition toute trouvée sur un autre aspect de la vie d'un occidental au Vietnam. Mais je suis une fille, donc je ne suis pas du tout concernée, et je ne ferai pas de commentaires.
J'informe mon lectorat qu'aujourd'hui, c'est long et verbal. Donc comme j'ai été faire un tour avec MA MOTO dans le centre-ville, pour maintenir l'intérêt, je vais disséminer des photos de trucs bien touristiques au milieu. Sans aucun rapport, mais ça fait des images.
Minoritaire donc. Parce que quelque part, le plus étrange ici, ce n'est pas la météo (on transpire), la nourriture (on mange très bien) ou le fait que JE CONDUISE UNE MOTO (je ne me suis pas fait de bleus sur les tibias cette semaine, c'est une première). Le plus étrange, pour moi, c'est d'être minoritaire.
Le fait est que quand j'y pense, et j'y ai un peu pensé ces derniers temps, je n'ai jamais été dans cette situation avant d'arriver ici. Je n'avais jamais été ailleurs qu'en Occident, donc blanche, ça passe inaperçu. Je suis athée, donc je m'épargne un paquet de difficultés, et on ne peut pas dire qu'en France, ce soit un acte super rebelle. Je n'ai même jamais été dans un coin du monde où la langue officielle n'était pas le français ou l'anglais. Même en passant deux ans à la frontière suisse, je ne me suis jamais aventurée plus loin que Genève ou Lausanne. Donc j'ai toujours compris ce qui se passait autour de moi, et si mon anglais est ce qu'il est, j'arrive quand même à me faire comprendre sans trop de difficultés. Je suis donc toujours passée parfaitement inaperçue. Et je ne m'en plains pas, être transparente peut être utile.
Mais ici, forcément, c'est différent. Parce que même si j'essayais très fort, on pourrait toujours dire que je ne suis pas vietnamienne. Même avec le casque sur la tête, les lunettes de soleil sur le nez, et en CONDUISANT UNE MOTO comme si j'avais fait ça toute ma vie, je sais très bien que tout le monde fait la différence. Du coup, on me regarde beaucoup plus qu'en France. Quand je prends le bus, quand j'attends à un arrêt de bus, quand je marche dans la rue... Disons qu'il ne m'était jamais arrivé avant que des enfants me montrent du doigt à leur mère, ou que des ados demandent à être pris en photo avec moi. C'est parfois un peu gênant, toujours surprenant, parce que très très nouveau.
La poste centrale (je crois), design Eiffel, souvenir des français.
Et puis il y a la langue. Mine de rien, j'ai un peu travaillé là-dessus ces deux dernières années, pendant mes deux années de Master que j'ai officiellement avec mention bien et je suis vachement contente. Mais je ne suis pas sûre qu'il soit possible de saisir toute l'ampleur du handicap linguistique avant de le vivre. Car oui, je dis handicap, et je le pense. Parce que soyons honnête, l'anglais est quand même pas super répandu ici, et en général, c'est avec un accent qui demande un petit temps d'adaptation et plein de répétitions, surtout que ce n'est quand même pas la langue avec laquelle je suis le plus à l'aise. Au Vietnam, on parle vietnamien, et c'est quand même bien ce qu'il faut avoir à l'esprit.
Donc je me retrouve dans un monde où je ne comprends rien, et où on ne me comprend pas non plus. C'est fou comme tout prend des proportions énormes dans cette situation. De mon côté déjà, parce que du coup, je me fais un peu des montagnes de tout, et que pour l'instant, je reste encore un peu sur la réserve. Mais aussi dans des situations toutes bêtes, qui pourraient être réglées en 30 secondes si on se comprenait, et qui là prennent trois plombes. Par exemple, le jour où j'ai acheté mon casque au centre commercial du coin, j'ai bipé à la sortie. Pas de raison particulière, ce jour-là, je n'avais rien volé, et même rien acheté avec un anti-vol. Mais j'ai bipé. Donc l'agent de sécurité est venu voir mes sacs, normal, il a sorti mon casque, a dit un truc à la caissière, qui lui a répondu un autre truc, m'a fait signe d'attendre, et est parti. Au bout de 5 minutes, je me suis demandée si je pouvais partir ou si on allait me jeter en prison, ou quoi. Et en fait non, il a fini par m'emmener à l'accueil, ou quelqu'un parlait anglais, et où m'a expliqué que la visière manquait sur mon casque, et qu'on allait m'en chercher une. C'était donc super gentil de la part de l'agent de sécurité, mais au total, l'affaire a dû prendre 20 minutes, dont 15 pendant lesquelles je n'avais aucune idée de ce qu'on voulait de moi. Et encore, je parle de handicap, mais j'avais un travail en arrivant, et je travaille dans ma langue, donc je ne l'ai pas à pleine puissance. J'ai la possibilité de passer des journées entières sans avoir besoin d'un seul mot de vietnamien, ce qui est une chance.
La cathédrale Notre-Dame, autre souvenir français
S'il m'était déjà arrivé de me trouver dans des situations où la communication était compliquée voire impossible, notamment dans mes différents boulots, je finissais toujours pas trouver une solution et ce n'était pas tout le temps comme c'est le cas ici. Ceci étant dit, j'ai eu cette semaine une épiphanie, Noël en octobre, jour de fête nationale. La maman qui m'a embauché pour mon deuxième boulot voulait me dire quelque chose, et donc parlait en vietnamien à son fils pour qu'il me traduise. Et là, d'un seul coup d'un seul, j'ai entendu thứ bảy. Bon, littéralement, ça veut dire "jour sept", et je savais plus si c'était samedi ou dimanche (c'est samedi pour info). Mais je l'ai entendu, et "compris", comme ça, à froid. Et en faisant un peu plus attention à ce qui se dit en vietnamien autour de moi, je constate que oui, les mots que je connais, je les entends et je les comprends. Ca n'a l'air de rien comme ça, et effectivement, ce n'est pas grand chose vu l'étendue de mon vocabulaire, mais mine de rien, c'est un grand pas en avant. Parce que quand on apprend une langue étrangère, les fonctions de compréhension se mettent en place avant les fonctions de production, et que pour être honnête, j'étais un peu inquiète de n'avoir fait AUCUN progrès en compréhension depuis mon arrivée. Donc là, j'ai passé un cap, j'entends des mots, j'entends le découpage syllabique en fait, et avec un peu de chance, ça va me permettre de passer la seconde en production.
Pour revenir à nos moutons, si je sens bien que je n'appartiens pas au pays, je n'ai par contre encore eu aucune expérience malheureuse liée à mon origine. En tout cas pas que je sache, ce qui revient au même. Par exemple, je ne me souviens pas de quelqu'un qui ai eu l'air exaspéré parce que j'avais du mal à me faire comprendre. Un grand sourire, un peu de mime, et un mélange d'anglais et de vietnamien, et on s'en sort. Et je n'ai jamais eu le sentiment qu'on me reprochait de ne pas parler la langue. En fait, la seule fois où j'ai vu une serveuse excédée, c'était quand un Viet Kieu commandait en vietnamien, ce qui m'a fait un peu rire. Et quand je pense au nombre de fois où j'ai entendu en France "z'ont qu'à parler français aussi", ça met un peu les choses en perspective. Quant au fait d'être blanche, oui, c'est noté, mais ça n'a pas vraiment eu de conséquences. Je n'ai encore jamais eu de tarif occidental, même pour la moto, puisque renseignements pris, j'ai même plutôt fait une bonne affaire, sans rien négocier du tout. Deux fois dans un bus un peu plein, un monsieur s'est levé pour me laisser sa place, ce qui est super gentil, mais vraiment pas nécessaire, ce que j'aurais bien voulu pouvoir expliquer. Les plus jeunes qui apprennent l'anglais à l'école me font souvent de grands coucous et me disent hello en passant. Et une fois dans le bus, une jeune fille est venue s'asseoir à côté de moi, juste comme ça, pour discuter d'où je venais, et si j'étais bien au Vietnam, et tout et tout.
Le palais de la réunification et tous ses touristes
Alors par contre, le vieux qui m'a montré une vidéo porno sur son téléphone après avoir tenté pendant 5 minutes de me dire un truc, je ne sais pas bien où le placer. Parce que bon, moi je l'ai totalement pris comme une agression et vu le regard qu'il m'a lancé en partant, j'étais pas mécontente de pas comprendre les mots qui accompagnaient. Mais je suppose que c'est une certaine façon de me dire que je suis bonne. L'effet n'est pas flatteur DU TOUT, mais bon, admettons.
Je précise que si j'étais un garçon, cette anecdote fort amusante me ferait une transition toute trouvée sur un autre aspect de la vie d'un occidental au Vietnam. Mais je suis une fille, donc je ne suis pas du tout concernée, et je ne ferai pas de commentaires.
samedi 8 octobre 2011
Le coup de la panne
Une semaine sans post sur ma vie palpitante, c'est très long, j'en suis consciente. Mais n'ayez crainte, je ne suis pas morte ou rentrée en France. C'est juste que j'ai maintenant deux boulots, et que c'est pas tout, mais faut caser une sieste au milieu, donc j'ai moins de temps libre.
Une fois n'est pas coutume, vous allez comprendre tout de suite le titre de cet article. Vous avez je pense tous connus ce moment où vous vous dites "tiens, faudrait que je fasse le plein", mais pour une raison obscure, vous ne le faîtes pas. Dans les circonstances qui nous intéressent, la raison obscure, c'est juste qu'en rentrant du premier boulot, je me suis dit qu'il faudrait que je fasse le plein en partant pour le second, et en partant pour le second, ben j'ai oublié.
Pour ceux qui voient venir la chute, bien qu'elle soit vachement subtile, je précise quand même que ma jauge ne fonctionne pas. Je n'aime pas être dans le rouge, mais forcément, quand on ne sait pas où est le rouge, on peut s'y retrouver par accident. Et donc, ça n'a pas raté : en arrivant à Phu My Hung, la moto a commencé à hoqueter. Là, je me suis dit "ça craint". Quand elle s'est arrêtée et n'a plus voulu redémarrer 300 mètres plus loin, j'ai trouvé que le temps où ça ne faisait que craindre était vachement agréable.
Dans mon malheur, j'ai quand même eu de la chance. Il se trouve que mon deuxième travail est juste à côté du premier, et que pour y aller, je roule essentiellement sur une grosse route, sur laquelle il n'y a pas l'ombre d'une station-service sur 5 kilomètres. Si j'étais tombée en panne au milieu de ça, j'aurais été tellement vulgaire qu'on m'aurait probablement jetée en prison. Mais non, je n'ai eu à pousser la moto que sur 500 mètres, jusqu'à l'école, dans laquelle vit la sous-directrice, qui était là. Donc j'ai abandonné la moto là, et je ne suis même pas arrivée en retard au second boulot. Retour à la maison en taxi, avec l'objectif "moto qui démarre" remis au lendemain.
Le lendemain, j'ai donc pris le bus, qui me l'a fait payer en me faisant poireauter plus d'une demi-heure, avec ma bouteille d'essence.
Une fois n'est pas coutume, vous allez comprendre tout de suite le titre de cet article. Vous avez je pense tous connus ce moment où vous vous dites "tiens, faudrait que je fasse le plein", mais pour une raison obscure, vous ne le faîtes pas. Dans les circonstances qui nous intéressent, la raison obscure, c'est juste qu'en rentrant du premier boulot, je me suis dit qu'il faudrait que je fasse le plein en partant pour le second, et en partant pour le second, ben j'ai oublié.
Pour ceux qui voient venir la chute, bien qu'elle soit vachement subtile, je précise quand même que ma jauge ne fonctionne pas. Je n'aime pas être dans le rouge, mais forcément, quand on ne sait pas où est le rouge, on peut s'y retrouver par accident. Et donc, ça n'a pas raté : en arrivant à Phu My Hung, la moto a commencé à hoqueter. Là, je me suis dit "ça craint". Quand elle s'est arrêtée et n'a plus voulu redémarrer 300 mètres plus loin, j'ai trouvé que le temps où ça ne faisait que craindre était vachement agréable.
Dans mon malheur, j'ai quand même eu de la chance. Il se trouve que mon deuxième travail est juste à côté du premier, et que pour y aller, je roule essentiellement sur une grosse route, sur laquelle il n'y a pas l'ombre d'une station-service sur 5 kilomètres. Si j'étais tombée en panne au milieu de ça, j'aurais été tellement vulgaire qu'on m'aurait probablement jetée en prison. Mais non, je n'ai eu à pousser la moto que sur 500 mètres, jusqu'à l'école, dans laquelle vit la sous-directrice, qui était là. Donc j'ai abandonné la moto là, et je ne suis même pas arrivée en retard au second boulot. Retour à la maison en taxi, avec l'objectif "moto qui démarre" remis au lendemain.
Le lendemain, j'ai donc pris le bus, qui me l'a fait payer en me faisant poireauter plus d'une demi-heure, avec ma bouteille d'essence.
Fig. 1 : une bouteille d'eau pleine d'essence près de l'objet du crime
Il est à noter que quand je me suis pointée à la station essence avec ma bouteille d'Evian locale, le pompiste n'a eu aucun problème à la remplir. Ce qui n'empêche que je n'étais pas hyper rassurée de trimballer ça. Bref.
Fig. 2 : l'ouverture du réservoir d'essence
Oui, alors j'avais déjà fait le plein une fois, donc je savais où était l'ouverture. Sinon, je pense que j'aurais pu commettre un impair.
Fig. 3 : remplissage du réservoir qui était effectivement à sec, en prenant soin d'en mettre partout à côté
Petit incident sans conséquences donc, si ce n'est que j'ai maintenant une vague idée du nombre de kilomètres que je peux faire avec un plein. On apprend de ses erreurs parait-il.
Il est à noter que je n'avais même pas embarqué d'homme à abuser. Mais ce fut une bonne répétition générale au cas où je voudrais utiliser cette tactique dans les temps futurs.
vendredi 30 septembre 2011
ANPE
En voilà un titre étrange. Alors oui, je suis au courant, maintenant, c'est Pôle Emploi. Mais j'ai trop dit ANPE dans ma vie pour m'être encore appropriée la nouvelle appellation. Mais le plus étrange n'est pas l'anachronisme, mais le fait qu'un travail, j'en ai un, donc que diable pourrais-je faire d'un truc qui m'aiderait à chercher un emploi ? Pour comprendre tous les ressorts dramatiques de cette histoire, il faut que je raconte ma vie. Et après tout, n'est-ce pas là le but d'un blog ?
Donc comme vous le savez, je prenais le bus pour aller travailler. Notez le temps passé. Notez donc que désormais, je vais très tranquillement travailler en moto. Notez que je ne le dis pas, mais je suis vachement fière de moi. BREF. Je prenais donc le bus, et comme les horaires et le trafic sont ce qu'ils sont, je partais très tôt pour être sûre d'être à l'heure. Ce qui, la majeure partie du temps, signifiait que j'arrivais très en avance à l'école. Au lieu de tourner en rond sur mon lieu de travail, ce qui est triste, je m'arrêtais donc au parc qui est à 30 secondes de l'école.
Oui, il y a pire comme cadre. Surtout que cette vue s'accompagne de son café noir et de sa cigarette. Oui, j'ai bien l'impression de ne parler que de ça. Le Ministère de la Santé m'oblige à vous rappeler que c'est pas bon pour la santé, vous mourrez d'une mort lente et douloureuse, et vous n'aurez pas de bébés avant ça.
Par contre, quand je dis café noir, vous pourriez penser expresso bien serré, et vous seriez tellement dans le faux que je dois vous expliquer. Un café noir, c'est ça :
C'est du café, du lait, et plein de glaçons, le tout dans un gobelet en plastique avec une paille, le tout dans le petit sachet en plastique qui va bien. Ca se trouve un peu partout, soit dans des postes de vente fixes sur le trottoir, soit dans les quartiers bourgeois comme celui de l'école, auprès de vendeurs ambulants. Repérez les motos avec une grosse caisse à l'arrière et plein de sacs plastique qui dépassent. Et comme café se dit café, même vous pouvez en demander un. Joyeux Noël. Malgré le lait et les quatre tonnes de glaçon, ça reste quand même très fort. Ce qui est probablement dû au fait que le Vietnam est un gros producteur de café, mais robusta, celui qui est moins cher et qui fait des trous dans l'estomac. Mais ça reste très bon. Et frais, ce qui est forcément agréable dans la moiteur tropicale. La version thé existe aussi, et là, c'est carrément délicieux. Tout ça pour 5000 dongs, pas grand chose donc.
Bien que je parte un peu plus tard de chez moi maintenant que je viens en moto (ai-je mentionné que JE CONDUIS UNE MOTO), je continue d'arriver en avance pour profiter de ce petit moment de calme avant d'attaquer la journée. C'est-à-dire que je perds délibérément un bon quart d'heure de sommeil tous les matins. Moi-même je n'en reviens pas.
Je vois déjà venir certains commentaires à cet article : "Viviane, on adore ton blog, ta vie est formidable, mais te rends-tu compte que tu mets systématiquement trois plombes avant d'entrer dans le vif du sujet ?". Oui, je m'en rends compte. Et non, je n'ai pas oublié que cet article s'appelle ANPE, et que ça n'a rien à voir avec le café et les parcs.
Mais ça y est, j'ai fini mon introduction, voici ce qui m'est arrivé. Mercredi, comme tous les jours à la même heure, je buvais donc mon café en fumant ma clope. Je ne demandais rien à personne, les rats courraient autour de l'étang, tout était normal. Et là, crac, on vient me parler. Deux dames, dont une qui me parle en anglais : "mon amie (la deuxième dame) vous voit ici tous les matins, et comme elle vous a déjà vu avec des livres, elle pense que vous êtes professeur. Elle cherche un professeur d'anglais pour son fils de neuf ans, est-ce que vous êtes disponible ?" Bon, si elle s'était approchée, elle aurait vu qu'il s'agissait d'un bouquin de vietnamien, ce qui n'indiquait pas franchement ma profession. Mais on peut apprécier la perspicacité de cette dame.
Par ailleurs, il se trouve que oui, je suis disponible. Parce que je n'ai pas un salaire particulièrement trépidant, et qu'entre les dépenses ici et l'argent à envoyer en France pour les frais qui ne vous oublient pas quand vous partez, ben il ne reste pas grand chose. Et si je rentre en France sans avoir vu la baie d'Along, tout le monde va croire que j'ai raté ma vie. Donc des revenus en plus pour voyager, je suis totalement pour. Je précise quand même que je suis française, sous-entendu que l'anglais n'est pas ma langue maternelle, mais ça ne semble pas posé de problème. On me demande mon prix, je dis 10 dollars de l'heure. Ce n'est pas énorme, mais après tout, l'anglais n'est effectivement pas la langue que je parle le mieux. Rendez-vous est pris pour le lendemain, même heure même endroit, pour voir les détails.
A ce stade, je ne me monte pas trop la tête. Après tout, on ne m'a jamais proposé du travail dans la rue, je ne sais pas à quel point ça peut être sérieux ces trucs-là. Mais je suis là jeudi, puisqu'après tout, j'aurais été là de toute façon. Et les deux dames sont là aussi. On part pour l'instant sur une ou deux heures trois fois par semaine, oh, et est-ce que je peux commencer aujourd'hui même à 18h30 ? Après tout oui. La mère de mon nouvel élève veut donc me montrer où elle habite, et grimpe à l'arrière de ma moto. Moi, je trouve ça vachement courageux. Parce que même si JE CONDUIS UNE MOTO, c'est quand même tout neuf et j'ai super peur de la tuer, ce qui risquerait de me faire perdre mon nouveau travail.
Le soir-même, je commence donc. Il semblerait que ce que je dois faire, c'est du soutien scolaire, ce qui est largement dans mes cordes, même en anglais. Avec un peu de civilisation à l'occasion. Le gamin est très sympa, et il parle très bien anglais, donc on se comprend, ce qui est une bonne nouvelle. On verra le temps que ça dure, mais c'est plutôt bien parti.
Donc non seulement on me propose du vrai travail dans un parc, qui ne relève pas de la prostitution je veux dire, ce qui est assez cocasse, mais en plus, tout ça devrait vite me faire un petit budget vacances, et avec un peu de chance, je pourrai partir en vadrouille dès les vacances de Noël. Ce qui est une très TRES bonne nouvelle.
Donc comme vous le savez, je prenais le bus pour aller travailler. Notez le temps passé. Notez donc que désormais, je vais très tranquillement travailler en moto. Notez que je ne le dis pas, mais je suis vachement fière de moi. BREF. Je prenais donc le bus, et comme les horaires et le trafic sont ce qu'ils sont, je partais très tôt pour être sûre d'être à l'heure. Ce qui, la majeure partie du temps, signifiait que j'arrivais très en avance à l'école. Au lieu de tourner en rond sur mon lieu de travail, ce qui est triste, je m'arrêtais donc au parc qui est à 30 secondes de l'école.
Parc
Différente vue du même parc
Oui, il y a pire comme cadre. Surtout que cette vue s'accompagne de son café noir et de sa cigarette. Oui, j'ai bien l'impression de ne parler que de ça. Le Ministère de la Santé m'oblige à vous rappeler que c'est pas bon pour la santé, vous mourrez d'une mort lente et douloureuse, et vous n'aurez pas de bébés avant ça.
Par contre, quand je dis café noir, vous pourriez penser expresso bien serré, et vous seriez tellement dans le faux que je dois vous expliquer. Un café noir, c'est ça :
C'est du café, du lait, et plein de glaçons, le tout dans un gobelet en plastique avec une paille, le tout dans le petit sachet en plastique qui va bien. Ca se trouve un peu partout, soit dans des postes de vente fixes sur le trottoir, soit dans les quartiers bourgeois comme celui de l'école, auprès de vendeurs ambulants. Repérez les motos avec une grosse caisse à l'arrière et plein de sacs plastique qui dépassent. Et comme café se dit café, même vous pouvez en demander un. Joyeux Noël. Malgré le lait et les quatre tonnes de glaçon, ça reste quand même très fort. Ce qui est probablement dû au fait que le Vietnam est un gros producteur de café, mais robusta, celui qui est moins cher et qui fait des trous dans l'estomac. Mais ça reste très bon. Et frais, ce qui est forcément agréable dans la moiteur tropicale. La version thé existe aussi, et là, c'est carrément délicieux. Tout ça pour 5000 dongs, pas grand chose donc.
Bien que je parte un peu plus tard de chez moi maintenant que je viens en moto (ai-je mentionné que JE CONDUIS UNE MOTO), je continue d'arriver en avance pour profiter de ce petit moment de calme avant d'attaquer la journée. C'est-à-dire que je perds délibérément un bon quart d'heure de sommeil tous les matins. Moi-même je n'en reviens pas.
Je vois déjà venir certains commentaires à cet article : "Viviane, on adore ton blog, ta vie est formidable, mais te rends-tu compte que tu mets systématiquement trois plombes avant d'entrer dans le vif du sujet ?". Oui, je m'en rends compte. Et non, je n'ai pas oublié que cet article s'appelle ANPE, et que ça n'a rien à voir avec le café et les parcs.
Mais ça y est, j'ai fini mon introduction, voici ce qui m'est arrivé. Mercredi, comme tous les jours à la même heure, je buvais donc mon café en fumant ma clope. Je ne demandais rien à personne, les rats courraient autour de l'étang, tout était normal. Et là, crac, on vient me parler. Deux dames, dont une qui me parle en anglais : "mon amie (la deuxième dame) vous voit ici tous les matins, et comme elle vous a déjà vu avec des livres, elle pense que vous êtes professeur. Elle cherche un professeur d'anglais pour son fils de neuf ans, est-ce que vous êtes disponible ?" Bon, si elle s'était approchée, elle aurait vu qu'il s'agissait d'un bouquin de vietnamien, ce qui n'indiquait pas franchement ma profession. Mais on peut apprécier la perspicacité de cette dame.
Par ailleurs, il se trouve que oui, je suis disponible. Parce que je n'ai pas un salaire particulièrement trépidant, et qu'entre les dépenses ici et l'argent à envoyer en France pour les frais qui ne vous oublient pas quand vous partez, ben il ne reste pas grand chose. Et si je rentre en France sans avoir vu la baie d'Along, tout le monde va croire que j'ai raté ma vie. Donc des revenus en plus pour voyager, je suis totalement pour. Je précise quand même que je suis française, sous-entendu que l'anglais n'est pas ma langue maternelle, mais ça ne semble pas posé de problème. On me demande mon prix, je dis 10 dollars de l'heure. Ce n'est pas énorme, mais après tout, l'anglais n'est effectivement pas la langue que je parle le mieux. Rendez-vous est pris pour le lendemain, même heure même endroit, pour voir les détails.
A ce stade, je ne me monte pas trop la tête. Après tout, on ne m'a jamais proposé du travail dans la rue, je ne sais pas à quel point ça peut être sérieux ces trucs-là. Mais je suis là jeudi, puisqu'après tout, j'aurais été là de toute façon. Et les deux dames sont là aussi. On part pour l'instant sur une ou deux heures trois fois par semaine, oh, et est-ce que je peux commencer aujourd'hui même à 18h30 ? Après tout oui. La mère de mon nouvel élève veut donc me montrer où elle habite, et grimpe à l'arrière de ma moto. Moi, je trouve ça vachement courageux. Parce que même si JE CONDUIS UNE MOTO, c'est quand même tout neuf et j'ai super peur de la tuer, ce qui risquerait de me faire perdre mon nouveau travail.
Le soir-même, je commence donc. Il semblerait que ce que je dois faire, c'est du soutien scolaire, ce qui est largement dans mes cordes, même en anglais. Avec un peu de civilisation à l'occasion. Le gamin est très sympa, et il parle très bien anglais, donc on se comprend, ce qui est une bonne nouvelle. On verra le temps que ça dure, mais c'est plutôt bien parti.
Donc non seulement on me propose du vrai travail dans un parc, qui ne relève pas de la prostitution je veux dire, ce qui est assez cocasse, mais en plus, tout ça devrait vite me faire un petit budget vacances, et avec un peu de chance, je pourrai partir en vadrouille dès les vacances de Noël. Ce qui est une très TRES bonne nouvelle.
samedi 24 septembre 2011
Probabilités
Oui, deux posts en deux jours. Et les deux d'un intérêt très limités, j'en conviens. Je ne suis qu'un être humain, je ne suis pas devenue plus spirituelle en prenant l'avion.
Ce soir, j'ai fait ma réunion parents-prof. En anglais - CLASSE -, et ça s'est super bien passé, j'en revenais pas moi-même.
Mais pour comprendre tout l'intérêt de cette histoire, rappelons les faits : j'ai onze élèves, et ce soir, sept familles étaient présentes. Oh, et pour ceux qui se seraient perdus en arrivant ici, j'enseigne au Vietnam.
Deux familles m'ont demandé d'où je venais. Question un peu compliquée, pour plus de détails, n'hésitez pas à vous procurer Vieviane, ma biographie officielle. Alors pour faire simple, je donne ma dernière adresse. Sauf que Divonne-les-Bains, bon, faut situer, et le Pays de Gex, j'ai appris son existence à l'IUFM, quand on m'a dit que c'était de toute façon là où j'atterrirai à mon corps défendant. Alors à cette question, je réponds "à côté de Genève".
Quelle était la probabilité que sur sept familles présentes, sur les deux familles qui me posent la question, au VIETNAM, j'ai les deux réponses suivantes :
- Tiens c'est marrant, le frère de ma femme habite à côté de Genève, à Gex. Il était le proviseur du collège privé, comment il s'appelle déjà ?
- Jeanne d'Arc, je réponds
- Voilà, Jeanne d'Arc, vous connaissez ?
- Oui oui, j'ai travaillé à Gex et j'habitais dans la commune juste à côté.
Puis,
- A côté de Genève ? Côté Haute-Savoie ou... ?
- Non non, côté Ain.
- Alors ça c'est marrant, parce que je suis justement de l'Ain, toute ma famille est là-bas.
FRANCHEMENT. Je retire donc mon article précédent : c'était bien la peine de partir à l'autre bout du monde.
Ce soir, j'ai fait ma réunion parents-prof. En anglais - CLASSE -, et ça s'est super bien passé, j'en revenais pas moi-même.
Mais pour comprendre tout l'intérêt de cette histoire, rappelons les faits : j'ai onze élèves, et ce soir, sept familles étaient présentes. Oh, et pour ceux qui se seraient perdus en arrivant ici, j'enseigne au Vietnam.
Deux familles m'ont demandé d'où je venais. Question un peu compliquée, pour plus de détails, n'hésitez pas à vous procurer Vieviane, ma biographie officielle. Alors pour faire simple, je donne ma dernière adresse. Sauf que Divonne-les-Bains, bon, faut situer, et le Pays de Gex, j'ai appris son existence à l'IUFM, quand on m'a dit que c'était de toute façon là où j'atterrirai à mon corps défendant. Alors à cette question, je réponds "à côté de Genève".
Quelle était la probabilité que sur sept familles présentes, sur les deux familles qui me posent la question, au VIETNAM, j'ai les deux réponses suivantes :
- Tiens c'est marrant, le frère de ma femme habite à côté de Genève, à Gex. Il était le proviseur du collège privé, comment il s'appelle déjà ?
- Jeanne d'Arc, je réponds
- Voilà, Jeanne d'Arc, vous connaissez ?
- Oui oui, j'ai travaillé à Gex et j'habitais dans la commune juste à côté.
Puis,
- A côté de Genève ? Côté Haute-Savoie ou... ?
- Non non, côté Ain.
- Alors ça c'est marrant, parce que je suis justement de l'Ain, toute ma famille est là-bas.
FRANCHEMENT. Je retire donc mon article précédent : c'était bien la peine de partir à l'autre bout du monde.
L'Ain, LE département international.
jeudi 22 septembre 2011
Un mois... déjà !
J'annonce : voici un article absolument passionnant, tout en introspection et réflexions philosophiques.
Nous y voilà, nous y sommes, voilà un mois que je vis au Vietnam. Est-ce l'heure d'un premier bébé bilan ? Oui, complètement. Parce que la vraie question est : ai-je des regrets ? Est-ce que je pense au poste de remplaçante à Oyonnax qui me tendait les bras avec un pincement au coeur ? Si vous avez relevé le sarcasme, c'est que vous connaissez Oyonnax (la ville, pas le cheval), et je suis admirative. Et surtout, si vous avez relevé le sarcasme, c'est que vous avez compris que non, je n'ai aucun regret. L'opportunité de venir travailler ici était une chance, rien d'autre, et je la savoure en tant que telle.
Rien que sur un plan professionnel, ma venue ici s'avère être assez libératrice. Ne serait-ce que parce qu'avoir ma classe à moi est vraiment plaisant. Non pas que j'ai été particulièrement bridée par les collègues dont j'ai partagé les classes jusque là, bien au contraire, j'ai toujours eu plutôt de la chance de ce côté-là. Mais ça n'empêche que faire ce que je veux, sans le regard de la personne à laquelle j'emprunte la classe, en ayant toute une semaine EN ENTIER pour mener à bien mes projets, ne pas avoir à m'adapter à plusieurs classes et plusieurs collègues, ben quelque part, c'est reposant. Et comme je suis la seule instit', et que mon "ATSEM" fait avec moi sa première année (et parle modérément français, mais c'est une autre histoire), personne ne peut comparer ce que je fais avec ce que font les autres, même pas moi. La directrice m'avait dit qu'elle ne se mêlait pas de la pédagogie, et c'est vrai. Elle me soutient même quand les parents abusent un peu, ce qui dans une si petite école privée, n'était pas évident. Mine de rien, je m'épanouis dans mon travail, genre je chante tous les jours, et enseigner à des enfants essentiellement allophones est parfois un gros défi, mais c'est essentiellement super intéressant.
Pour le reste, ce qui est fascinant, c'est que finalement, je n'ai encore rien vu du Vietnam. En fait, je n'ai même pas encore ouvert mon Petit Futé. Parce que bêtement je sais que j'ai le temps de faire du tourisme intensif, et que je n'ai pas encore ressenti le besoin de rendre les choses plus intéressantes. Elles le sont déjà vachement, même avec les limites que je m'impose à cause de la langue et du transport. Parce qu'au bout d'un mois, il y a encore plein de choses qui, si elles font partie du quotidien, n'en restent pas moins étonnantes :
- le lever du soleil sur mon balcon à 5h30
- les charges improbables sur des véhicules qui le sont encore plus
- les boutiques qui vendent tout et n'importe quoi
- la faculté de faire rentrer une famille en entier sur un scooter
Et je ne vous ai même pas encore parlé de nourriture, du quartier de mon école qui n'est rien de tout ça, et de plein d'autres choses... Rien que le bête quotidien dans mon quartier. Je vis l'aventure que je voulais vivre, et je m'y fais plutôt bien, puisque pour l'instant, aucun mal du pays à signaler (et pour mon frangin, aucune tourista non plus, merci bien).
J'ai toujours l'intention d'apprendre la langue, parce que d'une part ça m'intéresse, et d'autre part je pense que ça donnerait une autre dimension à mon séjour ici. Mais pour l'instant, c'est un peu compliqué, parce que les cours sont dans le quartier 1, et que si je gère à mort le bus, ils ne circulent pas assez tard pour pouvoir aller aux cours du soir.
Ce qui nous amène à la question du transport, et après le dernier article, je vous sens frétillant d'impatience : où en suis-je question moto ? Alors en fait, cette semaine a été compliquée, parce que je suis tombée gravement malade. Un gros rhume, carrément. Vous noterez qu'en France ou au Vietnam, l'exposition aux microbes à l'école est parfaitement équivalente, et on en a un gros qui se promène depuis deux semaines, et qui a fini par me rattraper. Le lundi, je finis à 16h00, le temps de me trainer à la pharmacie en rentrant, il faisait déjà nuit, donc pas de moto. Mardi, j'étais à l'agonie, donc j'ai dormi. Hier, ça allait mieux, merci bien, mais il a plu toute la journée, littéralement. D'une, je n'avais pas spécialement envie de conduire sous la pluie, surtout avec la grave maladie précédemment évoquée, de deux, les rues étaient bien inondées à 14h00, j'aime les défis, mais il faut savoir rester raisonnable. Mais aujourd'hui, les astres étaient enfin alignés comme il faut, et j'ai ressorti la bête.
Alors ai-je encore été ridicule ? Bon, oui, ça a commencé comme ça. Parce que j'ai bien pris quelques renseignements entre temps, mais je n'ai pas réussi à la démarrer. Voilà. Donc le gardien, que je fais décidément beaucoup rire, est venu m'aider. Sauf que cette fois, j'étais prête, et j'avais sorti mon plus bel oeil de lynx, donc j'ai regardé ce qu'il a fait, fait plein de notes mentales, prête à retenter le coup à l'occasion. Mais bon, là, elle est prête à partir, alors allons-y.
Première bonne nouvelle, je ne repars pas de zéro, l'équilibre est parfaitement acquis, je prends les virages et les carrefours avec une élégance rarement constatée sur ce genre d'engin, tout va bien. Il faut savoir que j'ai appris cette semaine qu'en fait, j'ai des vitesses sur ma moto, et qu'il faudrait voir à les passer. On m'a expliqué comment faire, je m'apprête donc à faire une cascade, et à passer la seconde. Je lâche la poignée d'accélération, j'appuie sur la pédale qui va bien, clac, j'accélère : réussite totale. Tiens, intéressant, c'est vachement plus confortable en seconde, moins de puissance et moins de bruit. Tiens, intéressant, comme avec Titine en fait. J'arrive donc à conduire, à passer les vitesses, il est temps de voir si j'arrive à démarrer. Je m'arrête, coupe tout, et reprend à zéro. Je suis au point mort, ce qui est important figurez-vous. Je kicke, rien. Je me remémore alors ce qu'a fait le gardien, et pour voir, je mets les gaz en même temps que je kicke. Miracle, hosanna, je démarre. Alors oui, je fais hurler le moteur, excès de zèle, mais je démarre. Toute seule comme une grande. Si vous avez fait une mini ola chez vous, je vous rassure, c'est une réaction normale.
Conclusion, je sais conduire une petite moto. Conclusion de la conclusion : c'est pas très compliqué. Prochaine étape, une rue avec plus de circulation. Ensuite ?
Nous y voilà, nous y sommes, voilà un mois que je vis au Vietnam. Est-ce l'heure d'un premier bébé bilan ? Oui, complètement. Parce que la vraie question est : ai-je des regrets ? Est-ce que je pense au poste de remplaçante à Oyonnax qui me tendait les bras avec un pincement au coeur ? Si vous avez relevé le sarcasme, c'est que vous connaissez Oyonnax (la ville, pas le cheval), et je suis admirative. Et surtout, si vous avez relevé le sarcasme, c'est que vous avez compris que non, je n'ai aucun regret. L'opportunité de venir travailler ici était une chance, rien d'autre, et je la savoure en tant que telle.
Rien que sur un plan professionnel, ma venue ici s'avère être assez libératrice. Ne serait-ce que parce qu'avoir ma classe à moi est vraiment plaisant. Non pas que j'ai été particulièrement bridée par les collègues dont j'ai partagé les classes jusque là, bien au contraire, j'ai toujours eu plutôt de la chance de ce côté-là. Mais ça n'empêche que faire ce que je veux, sans le regard de la personne à laquelle j'emprunte la classe, en ayant toute une semaine EN ENTIER pour mener à bien mes projets, ne pas avoir à m'adapter à plusieurs classes et plusieurs collègues, ben quelque part, c'est reposant. Et comme je suis la seule instit', et que mon "ATSEM" fait avec moi sa première année (et parle modérément français, mais c'est une autre histoire), personne ne peut comparer ce que je fais avec ce que font les autres, même pas moi. La directrice m'avait dit qu'elle ne se mêlait pas de la pédagogie, et c'est vrai. Elle me soutient même quand les parents abusent un peu, ce qui dans une si petite école privée, n'était pas évident. Mine de rien, je m'épanouis dans mon travail, genre je chante tous les jours, et enseigner à des enfants essentiellement allophones est parfois un gros défi, mais c'est essentiellement super intéressant.
Pour le reste, ce qui est fascinant, c'est que finalement, je n'ai encore rien vu du Vietnam. En fait, je n'ai même pas encore ouvert mon Petit Futé. Parce que bêtement je sais que j'ai le temps de faire du tourisme intensif, et que je n'ai pas encore ressenti le besoin de rendre les choses plus intéressantes. Elles le sont déjà vachement, même avec les limites que je m'impose à cause de la langue et du transport. Parce qu'au bout d'un mois, il y a encore plein de choses qui, si elles font partie du quotidien, n'en restent pas moins étonnantes :
- le lever du soleil sur mon balcon à 5h30
- les charges improbables sur des véhicules qui le sont encore plus
- les boutiques qui vendent tout et n'importe quoi
- la faculté de faire rentrer une famille en entier sur un scooter
Et je ne vous ai même pas encore parlé de nourriture, du quartier de mon école qui n'est rien de tout ça, et de plein d'autres choses... Rien que le bête quotidien dans mon quartier. Je vis l'aventure que je voulais vivre, et je m'y fais plutôt bien, puisque pour l'instant, aucun mal du pays à signaler (et pour mon frangin, aucune tourista non plus, merci bien).
J'ai toujours l'intention d'apprendre la langue, parce que d'une part ça m'intéresse, et d'autre part je pense que ça donnerait une autre dimension à mon séjour ici. Mais pour l'instant, c'est un peu compliqué, parce que les cours sont dans le quartier 1, et que si je gère à mort le bus, ils ne circulent pas assez tard pour pouvoir aller aux cours du soir.
Ce qui nous amène à la question du transport, et après le dernier article, je vous sens frétillant d'impatience : où en suis-je question moto ? Alors en fait, cette semaine a été compliquée, parce que je suis tombée gravement malade. Un gros rhume, carrément. Vous noterez qu'en France ou au Vietnam, l'exposition aux microbes à l'école est parfaitement équivalente, et on en a un gros qui se promène depuis deux semaines, et qui a fini par me rattraper. Le lundi, je finis à 16h00, le temps de me trainer à la pharmacie en rentrant, il faisait déjà nuit, donc pas de moto. Mardi, j'étais à l'agonie, donc j'ai dormi. Hier, ça allait mieux, merci bien, mais il a plu toute la journée, littéralement. D'une, je n'avais pas spécialement envie de conduire sous la pluie, surtout avec la grave maladie précédemment évoquée, de deux, les rues étaient bien inondées à 14h00, j'aime les défis, mais il faut savoir rester raisonnable. Mais aujourd'hui, les astres étaient enfin alignés comme il faut, et j'ai ressorti la bête.
Alors ai-je encore été ridicule ? Bon, oui, ça a commencé comme ça. Parce que j'ai bien pris quelques renseignements entre temps, mais je n'ai pas réussi à la démarrer. Voilà. Donc le gardien, que je fais décidément beaucoup rire, est venu m'aider. Sauf que cette fois, j'étais prête, et j'avais sorti mon plus bel oeil de lynx, donc j'ai regardé ce qu'il a fait, fait plein de notes mentales, prête à retenter le coup à l'occasion. Mais bon, là, elle est prête à partir, alors allons-y.
Première bonne nouvelle, je ne repars pas de zéro, l'équilibre est parfaitement acquis, je prends les virages et les carrefours avec une élégance rarement constatée sur ce genre d'engin, tout va bien. Il faut savoir que j'ai appris cette semaine qu'en fait, j'ai des vitesses sur ma moto, et qu'il faudrait voir à les passer. On m'a expliqué comment faire, je m'apprête donc à faire une cascade, et à passer la seconde. Je lâche la poignée d'accélération, j'appuie sur la pédale qui va bien, clac, j'accélère : réussite totale. Tiens, intéressant, c'est vachement plus confortable en seconde, moins de puissance et moins de bruit. Tiens, intéressant, comme avec Titine en fait. J'arrive donc à conduire, à passer les vitesses, il est temps de voir si j'arrive à démarrer. Je m'arrête, coupe tout, et reprend à zéro. Je suis au point mort, ce qui est important figurez-vous. Je kicke, rien. Je me remémore alors ce qu'a fait le gardien, et pour voir, je mets les gaz en même temps que je kicke. Miracle, hosanna, je démarre. Alors oui, je fais hurler le moteur, excès de zèle, mais je démarre. Toute seule comme une grande. Si vous avez fait une mini ola chez vous, je vous rassure, c'est une réaction normale.
Conclusion, je sais conduire une petite moto. Conclusion de la conclusion : c'est pas très compliqué. Prochaine étape, une rue avec plus de circulation. Ensuite ?
Conquérir le monde.
Ou peut-être juste le Vietnam. Ou commencer par Hô Chi Minh Ville. Enfin conquérir quoi.
dimanche 18 septembre 2011
Born to be wild
Pour bien saisir toute l'essence de cet article, je vous invite à lancer la vidéo suivante pour le lire :
Vous l'aurez compris, j'ai acheté une moto. Alors comme ça, ça ressemble à une blague. Moi-même en l'écrivant, j'ai l'impression de raconter la meilleure de l'année. Et de loin. Pourtant, ce n'en est pas une, de blague.
Comme vous êtes tous des lecteurs assidus de ce blog, et vous avez bien raison, vous savez que je n'étais jamais montée sur un deux roues qui ne soit pas un vélo avant d'arriver ici. Et encore, la dernière fois que je suis montée sur un vélo, c'était il y a trois ans, et ça avait été sacrément douloureux. Je n'insulterai pas votre intelligence en ajoutant que la corollaire, c'est que je n'ai jamais conduit de moto. C'est évident, puisqu'on ne peut pas en conduire une sans monter dessus, CQFD. Par contre, ce que je peux dire, c'est que je n'ai jamais eu aucune attirance pour le sujet. Rien. Si on m'avait dit qu'un jour je conduirai ça, j'aurais bien rigolé. Ha ha.
J'avais donc repéré en passant devant en bus une petite boutique qui vend des motos d'occasion pas trop loin de chez moi. Vous noterez que par là-même, j'avoue savoir lire en vietnamien "moto", "vendre" et "occasion". Je suis presque bilingue, c'est merveilleux. Le "occasion" est important, parce qu'ici, les étrangers n'ont pas le droit d'acheter une moto neuve. Bon, techniquement, je crois qu'on n'a pas le droit d'en avoir une. Mais en achetant d'occasion, on récupère les papiers de l'ancien propriétaire, et tant que la moto est immatriculée, le reste n'est pas très grave.
En fin d'après-midi, je me rends donc dans la petite boutique, avec un peu plus de 5 millions dans la poche, soit grosso modo ce que j'avais prévu de dépenser. Mine de rien, je n'avais pas le pas léger en m'y rendant. Parce que la boutique est sur la rue très passante de mon quartier, et bien que pas très loin, assez quand même pour mourir quatre ou cinq fois en ramenant la moto. Mais bon, quand j'ai une idée dans la tête, je ne l'ai pas ailleurs, ne serait-ce que parce qu'avoir une idée ailleurs que dans la tête, c'est contre-productif. J'avais décidé que samedi 17 septembre, j'achetais une moto, si j'avais commencé à faire la liste de toutes les raisons de ne pas le faire, je ne me serais jamais lancée.
Comme je n'y connais absolument rien, j'ai choisi en fonction du prix et du physique. Alors oui, je sais, c'est la beauté intérieure qui compte, mais comme je connais encore moins de choses sur la beauté intérieure d'une moto que sur sa beauté extérieure, ça réduisait vachement mes critères de choix. Je me suis donc décidée pour une petite moto rouge, qui a l'air d'être dans un état correct, et qui coûtait 5 500 000 dongs, soit pile mon budget. Alors est-ce que je me suis fait avoir, est-ce que j'ai eu un tarif occidental, j'en sais rien, mais si c'est le cas, ça ne doit pas être de beaucoup. Donc tout va bien.
Vous l'aurez compris, j'ai acheté une moto. Alors comme ça, ça ressemble à une blague. Moi-même en l'écrivant, j'ai l'impression de raconter la meilleure de l'année. Et de loin. Pourtant, ce n'en est pas une, de blague.
Comme vous êtes tous des lecteurs assidus de ce blog, et vous avez bien raison, vous savez que je n'étais jamais montée sur un deux roues qui ne soit pas un vélo avant d'arriver ici. Et encore, la dernière fois que je suis montée sur un vélo, c'était il y a trois ans, et ça avait été sacrément douloureux. Je n'insulterai pas votre intelligence en ajoutant que la corollaire, c'est que je n'ai jamais conduit de moto. C'est évident, puisqu'on ne peut pas en conduire une sans monter dessus, CQFD. Par contre, ce que je peux dire, c'est que je n'ai jamais eu aucune attirance pour le sujet. Rien. Si on m'avait dit qu'un jour je conduirai ça, j'aurais bien rigolé. Ha ha.
J'avais donc repéré en passant devant en bus une petite boutique qui vend des motos d'occasion pas trop loin de chez moi. Vous noterez que par là-même, j'avoue savoir lire en vietnamien "moto", "vendre" et "occasion". Je suis presque bilingue, c'est merveilleux. Le "occasion" est important, parce qu'ici, les étrangers n'ont pas le droit d'acheter une moto neuve. Bon, techniquement, je crois qu'on n'a pas le droit d'en avoir une. Mais en achetant d'occasion, on récupère les papiers de l'ancien propriétaire, et tant que la moto est immatriculée, le reste n'est pas très grave.
En fin d'après-midi, je me rends donc dans la petite boutique, avec un peu plus de 5 millions dans la poche, soit grosso modo ce que j'avais prévu de dépenser. Mine de rien, je n'avais pas le pas léger en m'y rendant. Parce que la boutique est sur la rue très passante de mon quartier, et bien que pas très loin, assez quand même pour mourir quatre ou cinq fois en ramenant la moto. Mais bon, quand j'ai une idée dans la tête, je ne l'ai pas ailleurs, ne serait-ce que parce qu'avoir une idée ailleurs que dans la tête, c'est contre-productif. J'avais décidé que samedi 17 septembre, j'achetais une moto, si j'avais commencé à faire la liste de toutes les raisons de ne pas le faire, je ne me serais jamais lancée.
Comme je n'y connais absolument rien, j'ai choisi en fonction du prix et du physique. Alors oui, je sais, c'est la beauté intérieure qui compte, mais comme je connais encore moins de choses sur la beauté intérieure d'une moto que sur sa beauté extérieure, ça réduisait vachement mes critères de choix. Je me suis donc décidée pour une petite moto rouge, qui a l'air d'être dans un état correct, et qui coûtait 5 500 000 dongs, soit pile mon budget. Alors est-ce que je me suis fait avoir, est-ce que j'ai eu un tarif occidental, j'en sais rien, mais si c'est le cas, ça ne doit pas être de beaucoup. Donc tout va bien.
La bête.
En faisant les papiers, je m'aperçois que j'ai oublié mon passeport. Ce que tout psychanalyste qui se respecte appellerait un acte manqué. Parce que je m'étais bien dit qu'il fallait que je le prenne, et non. Ce qui s'est avéré être très malin, puisque du coup, je me suis fait ramené chez moi, passagère sur ma moto, pour finir les papiers sur place avec mon passeport. Ce qui me permet d'être assez vivante pour raconter ma vie aujourd'hui.
Le temps de finaliser tout ça, il était bien 17h30, la nuit tombe tôt, j'avais déjà eu bien assez d'émotions pour un seul jour, et comme il faut toujours remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui, j'ai gentiment posé la bécane au garage, avant qu'elle et moi ne fassions nos grands débuts ensemble.
Il se peut que la première vidéo soit finie, si c'est le cas, voici de quoi continuer à vous distraire en me lisant :
Alors oui, ma moto à moi ressemble plus à un gros vélo qu'à une Harley, j'ai définitivement besoin de quelqu'un dessus, et je tiens beaucoup plus à ma vie qu'à mon terrible engin. Mais vous avez l'idée générale.
Donc aujourd'hui, armée de mon plus beau casque rose, je me lance, c'est parti, on y va. Je rassure le lecteur qui pourrait croire que j'ai des fantasmes morbides : pas du tout. Il faut savoir qu'une fois sorti de la grosse rue très passante, je suis plutôt dans un quartier résidentiel, avec des routes larges et en bon état, sans trop de circulation, parfaites donc pour s'entrainer.
Je sors la bête du garage et je monte dessus. Jusque là, j'ai tout bon. Maintenant, faut la démarrer. Je mets le contact, ça, c'est bon. J'ai un truc pour kicker, j'ai déjà vu ça à la télé, je kicke, rien. J'essaie encore, toujours rien. Bon. Le gardien de mon immeuble arrive alors à ma rescousse, je pense qu'il a tout de suite compris que je n'avais jamais fait ça de ma vie. Visiblement, il y a une histoire de contact, kick, starter et embrayage. J'ai pas du tout compris ce qu'il a fait, mais la bête a démarré.
C'est parti, wouhou, born to be wild, je fais de la moto, c'est la folie. Mais est-ce bien normal que, bien qu'ayant la ferme intention d'aller tout droit, ma moto aille systématiquement se jeter sur le trottoir ? Quelque chose me dit que non. Est-ce dû au fait que je suis cramponnée au guidon comme je l'étais au volant lors de mes premières leçons de conduite ? Peut-être. Ou alors c'est parce que mon équilibre est super instable. L'un dans l'autre, je fais 20 mètres, je m'arrête, me remets droit, et recommence.
Je fais quelques allers-retours comme ça, pour le plus grand plaisir des quelques vietnamiens qui sont complètement au spectacle. Et au final, je commence à prendre le coup, je roule à peu près droit, et j'arrive à faire 100 mètres sans poser le pied par terre de panique.
Pleine de courage et de confiance, je décide de tenter de prendre un virage pour changer de rue. Et ça marche, sans poser le pied par terre ni rien, je peux tourner, je peux freiner, et je peux à peu près accélérer. A peu près, parce que ça fait plein d'à-coups, et surtout, ça fait très peur, donc je décélère tout de suite. Mais au final, je fais le tour du pâté de maison en roulant droit, en prenant des virages, et tout ça sans m'arrêter ni poser le pied par terre. Et je n'ai jamais calé, ce qui me fait penser que c'est parce que c'est impossible. Alors oui, je roule tout doucement, et je pense que n'importe quel vélo pourrait me dépasser, mais je roule, c'est bien là l'essentiel.
Histoire de voir si en fait, j'ai toujours été une motarde née qui avait raté sa vocation jusque là, je décide de m'arrêter pour retenter le coup du démarrage. Oui bon. Là, c'est un monsieur qui passait par là qui est venu spontanément à mon secours, et j'ai toujours pas compris ce qu'il fallait faire. D'ailleurs, si quelqu'un qui s'y connait un peu veut bien m'expliquer ce que je suis censée faire et dans quel ordre, ce serait bien aimable.
Quoi qu'il en soit, au bout d'une grosse demi-heure de conduite, je n'ai à déplorer qu'une énorme bosse sur le tibia droit, pas de chute ni de grosse frayeur. Alors oui, je me suis pris une grosse suée, et le fait qu'il fasse plus de 30 degrés n'explique pas tout. Mais le plus important, c'est que c'était ma première fois à moto et que je ne m'en suis pas si mal sortie. Et je rassure mon lectorat, et par là je veux dire ma mère : je n'ai pas l'intention de me lancer dans la vraie circulation avant d'être parfaitement à l'aise. Il n'y a pas d'urgence, le bus me convient très bien pour l'instant. Si je vis l'expérience de l'ado de 15 ans de base, j'en ai 10 de plus, donc je suis prudente, si ce n'est trouillarde.
Même s'il est évident que je vais très vite aller me faire tatouer une femme nue sur le bras. Born to be wild, totalement.
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